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Full text of "L'histoire de Fauvain. Reproduction phototypique de 40 dessins du manuscrit français 571 de la Bibliothèque nationale (XIVe siècle) précédée d'une introduction et du texte critique des légendes de Raoul le Petit par Arthur Långfors"

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L'HISTOIRE DE FAUVAIN 

REPRODUCTION PHOTOTYPIQUE 

DE 40 DESSINS DU MANTSCRIT FRANCAIS 571 
DE LA BIBLIOTHEQUE NATIONALE 

(XIV- S1ECLE) 

PRECEDEE D'UNE INTRODUCTION 

ET DU TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES DE RAOUL LE PETIT 



PAR 



ARTHUR LANGFORS 



(DIX PLANCHES) 



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PARIS 
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1914 



L'HISTOIRE DE FAUVAIN 



I I! II III 



L'HISTOIRE DE FAUVAIN 



REPRODUCTION PHOTOTYPIQUE 



DE 40 DESSINS DU MANUSCRIT FRANCAIS 671 
DE LA BIBLIOTHEQUE XATIOXALE 



(XIV' SIECLE) 



PRECEDEE DUNE INTRODUCTION 



ET DU TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES DE RAOUL LE PETIT 



PAR 



ARTHUR LANGFORS 



(DIX PLANCHES) 



PARIS 
LIBRAIRIE PAUL GEUTHNER 

I 3, RUE JACOB (\'! e ) 
IQ14 



DESCRIPTION ET HISTOIRE DU MANUSCRIT 



Le manuscrit francais 671 (anc. 7068, jadis 428) de la Bibliotheque 
nationale est un volume mesurant 33 centimetres sur 23 et compose de 

I Bo feuillets de parchemin, a deux colonnes, sans compter deux feuillets 
de garde, egalement en parchemin ; les feuillets 5, 26 et 27 sont blancs. 

II contient plusieurs miniatures coloriees et des dessins au trait, et des 
initiates en couleur. La reliure en maroquin rouge, aux armes de France, 
est peu ancienne. 

Ce manuscrit contient dans son etat actuel : 

1. Le Lipre du Tr&orde Brunet Latin (fol. 2). 

2. La Traduction francaise du Secretum secretorum, attribu^ a Aristote 
(fol. 124). Voir P. Meyer, Romania, XIII, 474; XV, 188; et Grober, 
Grundriss der romanischen Philologie, II, 1, p. io23. 

3. Trois priferes en prose commencant, la premiere (fol. 143) : Regarde a 
ma fake..., la seconde (fol. 143 v°) : Sanctacrux, salva me, quia in te passus 
est..., et latroisieme : N.jeo vans comand a Dieu li rojr poussant... 

4. Deux motets, a deux parties, avec notation musicale, commencant 
(fol. 144), le premier par : 

[LJudovice prelustris, Francorum 
Rex insignis, juvenis etate, 
Gonsilio utere proborum .... 

et le second par : 

[Q]ui sequuntur castra sunt miseri, 
Car povrement sunt service meri. 

Le second se retrouve dans la vaste interpolation du Roman de Fauvel 

i 



L HISTOIRE DE FAUVAIN 

qu'on lit dans le manuscrit fran^ais 146 (fol. 4 r°) \ Cette interpolation 
est exactement datee de i3i6. Paulin Paris 2 a suppose avec beaucoup de 
vraisemblance que l'autre motet Ludovice prelustris a ete compose a 
1'avenement de Louis X au trone (1 3 14). 

5. L'histoire de Fauvain, publiee ici. 

Le manuscrit a ete execute par deux mains au moins. 

Le copiste qui a ecrit, au xm e siecle, la premiere partie du manuscrit 
s'est nomme dans un cryptogramme, a la fin du Livre du Tresor, au bas 
du fol. 122. Le systems consiste a remplacer toute voyelle par la con- 
sonne qui suit dans Talphabet : 

Jttkrljbse fcf brkfpfkl rbnpnnfe bf 
ebtmt gfrk M »blfnrl)kfnfe mfecrk 
0k. prkhfo pprr l*k» £ kt klprk 
frb yyxx »pjr0 b bkfr. 

Une main moderne Pa transcrit ainsi en interligne : 

Michaus de Ariepeil 3 , canonnes de Saint Geri de Valenchienes m'escrisi, 
priies pour lui et il priera pour vous a Dieu. 

La partie ecrite de la main de Michaut a un aspect nettement picard. 
Nous ne saurions affirmer que tout ce qui suit soit d'une seule main, en 
tous cas le texte du Secret des secrets presente quelques-uns des traits 
anglo-normands que nous rencontrerons dans l'histoire de Fauvain. 

Une main qui n'est pas celle du copiste du Tresor, mais qui est tres 
probablement du xiv e siecle et pourrait bien etre celle du second copiste, 
a trace au verso du fol. 1 une table ainsi concue : 

Ici comence les rebriches d*un livre que Ten appele Trezors, e contient .xvj. 
quayers, o touz les rebriches. 



1. Voir Pierre Aubry, Le Roman de Fauvel, ms. franc. 146, reproduit par un procede photo- 
graphique inalterable, avec une table des interpolations musicales (Paris, 1907, Paul Geuthner, 
e*diteur), introduction, p. 1 . 

2. Les Manuscrits francois de la Bibliotheque du Roi, IV, p. 410. 

3. Paulin Paris a interprete Brieoeil; le b et le p pouvant avoir soit leur propre valeur, soit 
celle de b et o, on pourrait peut-etre lire Briepeil et aussi BrifoeiL 



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DESCRIPTION ET HISTOIRE DU MANUSCRIT 7 

E puis apries comence le livre de Julius Cesar qui fu le primer empereor de Rome, 
et I contient .xx, quayers. 

E puis apries Julius Cesar comence .j. livre c'om apiele gouvernement des Roys, 
Iequel frere Gilles de l'ordre saint Augustinqi fust arcevesqe de Burges fist a Toes mons. 
Phelipe que pui fust roy de Fraunce apres le roy Phelippe son pere, et contient .vin. 
cestiers en ce (sic). 

En celi derein cestier est ente en la fin Testature nostre Seygnur et le coronnement le 
roy de France, et la rovne. et puis 1'entendement de la patrenostre apres le latin. Celi 
cestier contient .xvj. foilez. 

(Une ligne grattee). 

( Une autre ligne grattee). 

Apries (trois ou quatre mots grattes) si comence .j. livre c'om apiele Secre des secrez 
Aristotle, le quel livres il envoia a roy Alissaundre son deciple, qi tout le monde con- 
quist. 

(Plusieurs lignes grattees). 

Cette table indique que depuis le xiv e siecle le volume a etc" depece. 
Etant donne les nombreux grattages qu'a subis cette table, on ne saurait 
dire si l'histoire de Fauvain faisait deja partie du volume. Mais c'etait le 
cas au moins le 6 septembre 1 396, date de la plus ancienne mention connue 
de notre volume, 

II venait d'entrer alors clans la librairie de Louis, due d'Orleans, ainsi 
qu'il ressort du document que voici 2 : 

Loys, filz de roy de France, due d'Orleans, comte de Valois et de Beaumont, a nostre 
ame et feal conseiller Jehan le Flament, salut et dileccion, Nous voulons et vous man- 
dons que a nostre bien ame Jacques Johan, espicier et bourgeois de Paris, vous, par 
Jehan Poulain, nostre tresorier general, faites paier, bailler et delivrer, ces lettres veues, 
sans delay, la somme de soixante escuz, en quoy nous somraes tenuz envers lui pour 
1'achat de deux livres esquels sont contenuz, e'est assavoir, en 1'un, le Livre du Tresor, 



1. Nous transcrivons par et Tabreviation bien connue; le copiste ecrit plus souvent e. 

2. Nous le reproduisons d'apres Le Roux de Lincy, La Bibliotheqae de Charles d" Orleans a son 
chateau de Blois en 1427 (Paris, 1843), p. 36, piece n° 18 (cf. Biblioiheque de VEcole de Char- 
tes, V, p. 68), C'est le n° 83o, de l'ancienne collection Joursanvault. Sur le sort de cette collec- 
tion, voir L. Delisle, Le Cabinet des manuscrits, II, 295. 

















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8 



L HISTOIRE DE FAUVAIN 



le Livre de Julias Cesar, le Livre des Rois, le Secret des secrecy et le Livre de Estrille 
Fauveau, tout en un volume, et enlumine, armoye des armes du viez due de Lencastre; 
et en I' autre, le Rommant de la Rose, le Testament maistre Jean de Meun, et le Livre 
des Esche% moralise, tout en un volume enlumine d'or et d'azur, et a ymages, les quelz 
deux livres nous avons fait acheter dudit Jacques le pris dessus dit. Et nous voulons 
que, etc. 
Donne" a Paris, le YI« jour de septembre, l'an de grace mil CGC XIIIxx et seize. 

Pour mons. le due. 
Bono. 

C'est le meme volume qui est decrit ainsi dans Tinventaire de la librai- 
rie de Blois, dresse en 141 7 : 

La Naissance de toutes choses, et autres traitiez, semblablement convert ^de veloux 



Le volume figure egalement dans 1'inventaire de 1427 2 (et de meme 
dans celui de 1436, ainsi que dans la Copie de la librarye de monseigneur 
le due d y Orleans, faite vers 1440 3 ) : 

Le livre de la Naissance de toutes choses, en francois, lettre de forme, par i'inven- 
toire baillie ainsi nomine, et par la table d'icellui livre assavoir au commencement 
nomme : Le livre du Tresor ; couvert de veloux noir, a deux fermoers samblans d'ar- 
gent dores, esmailles aux armes de Monseigneur d'Orleans. 

Au fol. 1 5o du manuscrit on lit cette note : De camera eompotorum Bles. 
Cette mention de provenance est anterieure au 5 novembre 1 5oi : c'est a 
cette date que la Chambre des Comptes de Blois se dessaisit des livres 
qui lui avaient ete confies ; ils furent bailies au libraire du roi 4 . 



1. L. Delisle, Le Cabinet des manvscrits, I. p. io3, n° 5. 

2. Le Roux de Lincy, /. c, p. 11, n° 6 {BibL de I'Ecole des Chartes, V, p. 67). 

3. De Laborde, Les Dues de Bourgogne, t. Ill, preuves. Paris, iS52, n° 6340 et645i. 

4. Pierre Champion, La Librairie de Charles d* Orleans, p. lxvi et 3, L'histoire de notrc 
manuscrit est brievement tracee aux p. 27 et 44 de cet ouvrage. 



L'HISTOIRE DE FAUVAIN 



Bien peut les grans seignors hanter 
Qui soitde Placebo chanter, 
Teile canchon trop lour agree : 
II n'ont mes cure de mesnie 
Qui prestement ne lour otrie 
Toute lour plaine desiree. 



Comment quil n J i ait pas reson, 
Si veulent il toute seson 
Qu'en lour die : « Bien dit, misire. » 
Lies sont quant Fen lestient a sages. 
He, Diex ! qu'il a de faus visages 
Par tout le rgaume et l'empire ! 



Gervais du Bus, Le Roman de Faavel {v. 1041-52.) 

Au moyen age, I'adjeetif fauve, par suite d'un rapprochement facile 
zvtcfaus, avait pris un sens defavorable. Des le xn e siecle, la mechancete 
de ce monde est personnifiee sous l'apparence d'une anesse ou d'une 
jument fauve : 

Tout juent de la fauve asnesse 
Et de Ghillain sa compaignesse, 

(Renartle Nouvel, v. 885). 

On l'appelle Fauve, au cas regime Fauvain. Quelquefois ce personnage 
d'abstraction est represente par un cheval, et est alors appele Fauvel : 
c'est le heros du Roman de Fauvel, par Gervais du Bus, que nous publie- 
rons sous peu pour la Societe des anciens textes. Fauvain et Fauvel 
etaient souvent representes en peinture, ainsi que le declare Tauteur du 
Roman ; 

5 Souvent le voient en painture 

Tiex qui ne seivent se figure 
Moquerie, sens oufolie... 



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10 



L HIST0IRE DE FAUVAIN 



Ces vers font sans doute allusion a des recueils de dessins analogues k 
celui qui est reproduit ici. C'est une serie de quarante dessins au trait 
disposes a raison de quatre par page. Les images de chaque page se sui- 
vent de gauche a droite (et non de haut en bas). Les n os XIX et XX ne 
font a vrai dire qu'un, et les vers de la colonne droite doivent se lire 
avant celle de gauche. Les vers des n 03 IX et XVIII, transcrits dans des 
<c privileges » se lisent mieux apres les vers ecrits sous les images. Les 
v. 3 1-4 ecrits verticalement entre les dessins n os V et VI appartiennent 
evidemment a la legende du n° VI. Entre les fol. 148 et 149 actuels on 
voit les restes d'un feuillet enleve, ce qui explique la transition brusque 
entre les n os XXIV et XXV. 

Les legendes, signees par Raoul Le Petit, qui n'est pas autrement connu, 
ne sont gu£re intelligibles sans les images. Le texte seul, avec explication 
des dessins, en russe, a ete publie par MM. le comte A. Robrinski et 
Th. Ratiouchkof dans les Memoires de la Societe neo-philologique de 
TUniversite de Saint-Petersbourg, I (1888), p. 89. Les dessins n os II, 
XVII, XXVIII-XXX ont ete reproduits, en 1844, d'une maniere fort som- 
maire, par Champollion-Figeac (Louis et Charles dues d'Orleans, leur 
influence snr les arts, la litterature et Vesprit de leur siecle, planches 
XXVI, XXVII, XXVIII), qui les designe sous le nom de « caricatures ». 

Les rapprochements faits ci-dessous indiquent clairement que Raoul 
Le Petit a connu les deux livres du Roman de FauveL L'hypothese inverse 
n'est guere probable : l'auteur du Roman de Fanvel aurait difficilement pu 
tirer des vers incoherents de Raoul Le Petit les elements de son poeme. 
Mais, d'autre part, il est probable, ainsi que Gaston Paris (Histoire litte- 
raire de la France, XXXII, p. 116) l'a dejk dit, que ce sont des dessins 
analogues a ceux qui sont reproduits ici — ou peut-etre des peintures 
murales — qui ont inspire le Roman de FauveL Les deux livres de ce 
roman etant dates de i3io et 1814, le texte de Raoul Le Petit doit etre 
posterieur a cette derniere date. 

Dans notre edition, nous donnons, avant les vers se rapportant a chaque 
dessin, une explication sommaire de celui-ci et certains rapprochements 
utiles pour I'imelligence du texte. 

Le copiste etait un Anglo-Normand. Nous enumererons les traits 












ETUDE LINGUISTIQUE 



1 I 



caracteristiques de sa langue, en renvoyant aux etudes de MM. A. Sum- 
ming {Der anglonormannische Boeve de Haumtone, Halle, 1899) et 
E. Busch (Laitt- und Formenlehre der anglo-normannischen Sprache, diss, 
de Greifswald, 1887). II est bien entendu que tous les traits qui seront 
signales ne sont pas exclusivement normands. 

i. auau lieu de Va du francais du continent : chauns, taunt, plaunter, 
oraunt, aunparler, paupa (Stimming, p. 173). 

2. e au lieu de a : avoket; plus souvent en syllabeprotonique : chescuns, 
testementours (Stimming, p. 172). 

3. man lieu deaf ; ex, e (= el, ai) 227, set, seint, meintendront, Fau- 
veyn, Favein, chapelein (Stimming, p. 175, 194-6). 

4. a au lieu de e : testementerasse (Stimming, p. 172) ; de meme avant le 
ton : ascommenge (Stimming, p. 176); ou apres : paupa (Stimming, 
p. 184). Cf. le n° 9. 

5. ie (au lieu de e) correspond k un a latin : lie\ (latus) 42 (Stimming, 
p. 176). Cf. le n° 9. 

6. i au lieu d'un e, avant le ton : cimitere (Stimming, p. 177). 

7. e est tombe dans fra (Stimming, p. 178). 

8. e intercale dans un groupe de consonnes : sauere^ viuere\ (Stimming, 
p. 179; Tobler, Le vers francais, p. 38 : « e n'est qu'un signe graphique 
destine amarquer la valeur consonnantique de la lettre u »). 

9. e au lieu de ie : ortiller, premere, here ; quelquefois ee : seen 25, seent 
28 (Stimming, p. 176, 180, 202; Busch, p. 16). Cf. le n° 5. 

10. ou au lieu de 0, devant nasale : mount, ount, dotin, forcounU (Stim- 
ming, p. 192). 

11. u au lieu de : unite, dunt, un (= on) 9, sumes, pur -Stimming, 

P- 177)- 

12. oi au lieu de : troit i3o. 

1 3. u au lieu de ui : hus,fues (Stimming, p. 209, 23g). 

14. u au lieu de ue : vult, furre (Stimming, p. 207). 

1 5. e au liefi de u : jeskes (Stimming, p. 193). 

16. Confusion entre les conjugaisons : enfower, enfowee, giser, power 
(Busch, p. 60). 

17. Redoublement de r : dirra, ferret, serras, serr^s (Stimming, 
p. 2i3) ; et de t : attornes (Stimming, p. 240). 



12 LHISTOIRE DE FAUVAIN 

1 8. Chute de la consonne finale : Bemar. for,faite[s] (Stimming, p. 222 
et 226). 

19. rescoyve (Stimming. p. 282 . 

20. parfond (Stimming, p. 221), 

21 ad(habet 142 Stimming, p. 232). 

22. Predilection pour le signe %v : enfowee, ensuwyr, power \ ivy (Stim- 
ming, p. 220}. 

Malgre le peu d'etendue du texte, il est permis d'affirmer que ces traits 
etaient etrangers a la langue de Raoul Le Petit. Voici en effet ce qui carac- 
terise la langue de l'auteur, telle qu'on peut la reconnaitre par Tetude de la 
versification. 

1 . Les rimes sont tres exactes, sauf retient : Hen (ou Hens) 216. 

2. Le poete fait rimer talis avec ecce i\\o s (teus : iceusbh). 

3. II emploie la forme pronominale a mi 1 53, 196, a c6te de a moi 161, 
2 3o. — La forme affaiblie te (au lieu de tm), avec elision de Ye, est attestee 
deux fois au v. 1 77 . — Le pronom possessif vo se trouve deux fois au v. 244. 

4. La declinaison est en general observee (ainsi au v. 195, l'ancien cas 
sujet pluriel a la rime). Toutefois il y a des exceptions : Dont Fauvain 
est et sire et ray 124 (: toy). 

5. Ve en hiatus est tombe : testamentours 28, 3i, abbie 78, meschans 
212 (on pourrait aussi lire le vers ainsi : Pour ce di que c'est mescheans). 
L'ancienne forme est pourtant conservee au v. 227 : veile (et aussi au 
v. 228, si notre conjecture est bonne. Cf. aussi notre conjecture au v. 148). 

Ces traits indiquent le dialecte picard du debut du xiv e siecle. M. Ch.-V. 
Langlois [La Vie en France au moyen age, d'apres quelques moralistes du 
temps, p. 277) suppose que Raoul Le Petit etait d'Arras (cf. v. 77). 

Etant donnee la grande divergence entre la langue de l'auteur et celle 
du copiste, il nous a semble justifie d'ecarter de notre texte critique les 
graphies surement imputables au dernier copiste, d'autant que la repro- 
duction phototypique met sous les yeux du lecteur la lecon integrate du 
manuscrit. Mais nous nous sommes abstenu de vouloir retablir le dialecte 
de Poriginal, qui etait probablement le picard \ 

1. Nous remercions vivement M. Ernest Langlois qui nous a communique beaucoup ^obser- 
vations precieuses. 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 



I 



Le poete est figure devant deux arbres, savoir tin chene coupe et un h£tre en 
pleine vigueur. Comme le nom ancien du h§tre exahfous owfaus, c'est la l'illus- 
tration d'un calembour qui se trouve deja dans le Roman de la Rose (e*d. E. Lan- 
glois, t. Ill) : 



« Bien vous ai », dist ele, « entendu 
E sai que n'avez pas vendu 
Tout vostre bois gros e menu, 



Un fou en avez retenu, 
Car senz fou ne peut nus on vivre 
i0246Tant come il vueilleAmours ensivre». 



De meme dans les Plates du Monde de Rustebuef (Jubinal, 2 e ed., II, 25 ; 
ed. Kressner, p. 191) : 

Fols est clamez cil qui n'a rien; 
N'a pas vendu tout son mesrien, 
Ainz en a un fou retenu. 

De meme que chez Raoul Le Petit, le ch£ne et le hetre sont mentionnes 
comme contrastes dans un autre passage de Rustebuef (Le Mariage Rustebuef, 
2 e ed. Jubinal, II, 8 5 ed. Kressner, p. 2) : 

N'ai pas busche de chesne ensamble, 
Quant g'i sui, s'i a fou et tramble : 
N'est ce assez? 

« Je n'ai pas plusieurs buches de chene ensemble, quand je suis la, mais il y a 
hetre {fou, fagus) et tremble. » Cf. A. Tobler, Verblumter Ausdruck and 
Wort spiel in altfran^bsischer Rede, dans Vermis elite Beit rage, II, 220. 



Ill I II || 



lllllllllllllllliiljlijlii 






14 L HISTOIRE DE FAUVAIN 

Raotjs Li Petiz, ki ryma 
Ce qe ceste letre dira, 
Dist c'om a aporte du sene 
4 Q'il est plus de faus ke de chesne, 

Karchascuns enprent le mestier 
De faus planter et ortillier. 



II 



Fauvel est mis dans une chaire par le pape lui-meme. Gaston Paris [Hist. litt. f 
XXXII, 1 1 3 suppose qu'une image de ce genre a pu donner naissance au dicton 
Asinus in cathedra. La meme idee est exprimee dans le Roman de Fauvel. Ceux 
qui flattent Fauvel disent : 

% Sire Fauvel, noble emperiere, Et gouverner trestout Fempire, 

Bien devez seoir en chaiere 1790 Car a voz sens riens ne s'atire. » 

Les v. 7 et 8 de la legende sont la paraphrase d'un proverbe bien connu : Par 
defaute de preudome assiet on fol en chaiere (Le Roux de Lincy, Livre des 
proverbes francais , I, 240; II, 470; Tobler, Li proverbe au vilain, n° 46 et 
278; Langfors, CEuvres de Huon Le Roi de Carnbrai, I, dans Classiques francais 
du moyen age, n* i3, p. x; H. Estienne, Precellence, ed. Huguet, p. 206). 

En toutes cours, juskes a Rome, 
8 Avient, par faute de proudome, 

Con assiet Fauvain en chaiere, 
Kar par tout vuelt estre premiere. 



Ill 

Le dessin represente Fauvain, se dressant sur les pieds de derriere, et un saint 
barbu, avec Taureole, tenant un livre a la main : il represente sans doute celui 

I. — 2 dirra — 4 cheyne — 5 chescuns — 6 plaunter et ortiller. 

II. — 7 toute c. jeskes— 8 prudorae — 9 Cun a. Fauveyn — 10 primere. 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 



ID 



qui prie Dieu « de cuer vain » et lui fait « barbe de fuerre », Cette derniere 
expression se retrouve dans un passage du Roman de Fauvel : 



i5j5 Apres se sist Ypocrisie, 



Devant la gent prie et barbete, 



1590 Mez eu cuer a la goupillete : 

Bien scet et par paix et par guerre 
A Dieu faire barbe de feure. 



Sur le sens et i'origine de cette expression, Estienne Pasquier (Recherches de 
la France, 1. VIII, ch. lxii) ecrit ceci : ... ceux qui disent faire barbe d£ 
fouerre a Dieu, en usent abusivement au lieu de gerbe de fouerre : qui est un 
proverbe tire de la Bible, et usurpe contre ceux qui offroient seulement a Dieu 
des gerbes de paille, faignans offrir gerbes de bled, pensans appaiser Dieu par 
une tromperie, lequel toutefois connoist le fonds et interieur de nos pensees. » A 
Fappendice du Thresor de la langite francoyse de Nicot (Paris, 1606, p. 18) on 
lit egalement : « Ge dicton a este corrompu cy-devant par beaucoup de gens et 
des doctes mesmes, lesqueis au lieu de jarbe disoient barbe... Est advenu qu'au- 
cuns profanes et faisant aussi peu de difrlculte de tromper Dieu comme les 
hommes, faisoyent tout expres certaines jarbes esquelles n'y avoit point de grain 
et de cela payoient leur dismes. Ce qui a donne lieu a ce proverbe, lequel se peut 
appliquer a toute personne de mauvaise conscience soit envers Dieu, soit envers 
les hommes, comme sont telles gens. » Cf. Le Roux de Lincy, Livre des pro- 
verbesfrancais, I, p. 23, $. v. Dieu, et Godefroy, Diet., IV, s. v. foirre, et IX, 
s. v. gerbe ; Littre,, Diet., s. v. barbe et gerbe. 



12 



16 



Qui vuet contrefaire Fauvain 
II doit Dieu orer de cuer vain, 
Et, en orant Dieu, doit penser 
Comment porra le geht fauser. 
Cil qi ensi se maintendront 
Barbe de fuerre a Dieu feront. 



IV 



Fauvain, e'est-a-dire Faussete, boit a la meme coupe que Guille et Barat. Guille, 
representee par une figure feminine, est a droite. Barat, a gauche, porte le cos- 

IIL. —nvult... Fauveyn — i3 oraunt — i5 qe ...meintendront — 16 furre. 




i6 



L HISTOIRE DE FAUVAIN 



tume masculin : une ceinture et un chaperon. L'image se retrouve dans le 
Roman de Fanvel : 



Fauvel est beste appropriee 
236 Per similitude ordenee 
A signiner chose vaine, 
Barat et fausete mondaine. 

He las! etpour quoi ne s'avisent 
676 Nos prelas, qui huy tant se prisent 
Pour les biensqu'il ont de I'lglise, 



Que toute lour entente ont mise 
En orguil et en vanite? 

La vaine gloire dont tant boivent 
692 Et les honors si les decoivent; 
Enyvreis sont, ne lor sovient 
De ce que faire lor couvient^. 



20 



Guille, Fausetes et Baras 
N'ont qe faire de trois hanas, 
Kar quant Fauve a son hanap boit 
Guille et Barat avoir y doit. 



Un riche, sur son lit de mort, fait son testament (qu'tin clerc tient a la main) 
et institue Fauvain son executrice testamentaire. La satire a une adresse plus 
directe dans quelques vers vigoureux du Roman de Fauvel : 



L'en ne fait mes, se Diex m'ament, 
Manage ne testament, 
881 Acort ne composition 



Que n'i vienge la corratiere, 
La papelarde, seculiere, 
8S4 Mendiante religion. 



24 



Quant li riches horn gist a mort, 
Fauve y est qui onkes ne dort, 
Si se fet testamenteresse 
Et au riche home fait promesse 
Que, quant le sien departira, 
Sa partie bien en fera. 



IV. — 18 hanaps — 19 Fauves — 20 baras. 

V. — 21 h'ommes — 22 Fave... que unke — z'5 testementerasse 
2D seen — 26 bon en fra. 



34 A riches h. fait p. — 









DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 1 7 






VI 



Les ex£cuteurs testamentaires, sur le conseil de Fauvain, accaparent pour eux- 
m£mes le bien du deTunt, sans restituer l'argent indument acquis. 



28 



32 



Quant li mort est en terre mis 
Testamentours le sien ont pris, 
Et quant vient a ses tors fes rendre 
Fauve dit c'om n'i puet entendre, 
« C'a nous, testamentours, prenons 
Cest avoir, a nous le donons, 
Kar si que nous faisons de tort 
Feront li autre apres no mort. » 



VII 



Fauvain chasse les pauvres qui lui demandent l ? aum6ne. 



36 



40 



Fauve dist a la povre gent : 
« Fuies de ci, ales vous ent ! 
Nient aves, nient deves avoir, 

Kar je ne puis ores entendre 

De riens doner ne de riens rendre. » 



VIII 



Le dessin, representant Fauvain devant des roseaux qu J il ploie a son gre, 
illustre ces vers du Roman de Fauvel : 



VI. — 28 Testementours le seent — 3o Fauves com — 3i uo ~ 33 qi. 

VII. — 36 Fues — 39 ore — 40 Le second riens manque. 









1 




111 





m 



l'histoire de fauvain 



Nos prelas font bien lour deii 
664 Quant il sont posteaus de seii 



44 



Et de rosel en sainte Eglise, 
Tant en font que nul ne les prise. 



Fauve a trove en une voie 

Le rosel q'a touz lez se ploie. 

« Diex! dist Fauve, void un membre 

De ce siecle, kar bien me membre 

Q'ensi se ployent mout de gent 

Qe ce rosel si fait au vent. » 



IX 



Fauvain montre le privilege qu'on lui a donnd a Rome, et dans lequel sont 
excommunies tous ceux qui feront du bien aux pauvres. 



48 



52 



56 



60 



Fauve dist : « Ci or m'entendez. 
J'ai les mons de Mongieu passes, 
Cest privilege confermay 
Devant le pape, or vous diray 
Oyant toz ce q ? il a dedens : 
Nous commandoms qe povres gens 
En ayent touz jours le piour, 
Tant lour facent li grant seignour. 
Cis privileges ci est tieux 
Com escommenge touz iceux 
Qui droit as povres genz feront 
Ne qui bon conseil lor dorront. 
Ore m'en croie qui que vuelt, 
Hon les doit faire a pis c'om puet. » 



VIII. - 42 liez. 

IX. - 47 Fare ...ore - 48 Mongi - 49 Ceste - 5o P aupa - 5i Oyaunt tote ce quui i a d. 
it povre -53 event- 56 ascommenge - 5 7 F ovre - 58 que- 5 9 croire. 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES IQ 



Au sommet des « mons de Mongieu » (v. 48) est representee sous la forme 
d'une eglise Thospice du Grand-Saint-Bernard. 

C'est ci endroit li hospitaux 
De saint Bernart, qi mout out maus 
En ce siecle pour l'amour Dieu, 
64 Et siet sus le mont de Mongieu. 



XI 



Fauvain renvoie trois clercs, solliciteurs pauvres. 

« Pour Dieu qi fu mis en la croiz, 
Sire, faites grace a nous trois ! 
Nous somes povres gens honteus, 

68 De touz biens somes souffraiteus. » 

Fauve respont si fierement : 
« A l'uis, a Puis qi n'a argent ! 
Qi nient n'a, nus ne le conoist, 

72 Bien est venus qi bien Fesmoist. » 



XII 

Fauvain fait donner gain de cause a deux riches ciercs, plaideurs de mauvaise 
foi. Le dernier vers de la legende est peu clair. M. E. Langlois propose de tra- 
duire : « lis peuvent baiser la patene; ils ont mis ieur argent dans le plateau, ils 
ont fait leur offrande » . 



X. — 61 Ce est si — 62 seint Bernar qe — 63 Deu — 64 mount de Mongi. 

XI. — 65 Pur D. qe — 67 N. sumes p. g. et hontous — 68 sumes — 69 Fave — 70 Al hus qi 
na a. MM. Bobrinski et Bdtiouchkof completent le vers ainsi : A Thuis voist cil qui n'a a. — 
72 bie. 



20 L HISTOIRE DE FAUVAIN 

Fauve dist : « Sire, delivres 
Ces deus seignours qe ci vees. 
Proudommes sunt, par saint Denis, 
76 Baiser doivent, il y ont mys. » 

XIII 

Le pape les nomme tous les deux abbes, Fun a Saint-Vaast d'Arras, Fautre 
dans un lieu dont le copiste a defigure le nom (Autun ?). 

« A Saint Vaast a Arras iras ? 
Abbes de 1'abbie seras, 
Et cis autres a Autun droit 
80 Voist, je vueil q'il abbes en soit. » 






XIV 



Le dessin represente trois pauvres devant un seigneur, sollicitant sa protection 
contre la rapacitd de ses bedeaux. 

k Sire de tierre, faites nous 
Droit et loy ! Nous venoms a vous : 
Vos bediels qi desouz vous sont 
84 Tout le nostre tolu nous ont. » 



XV 

Fauvain repond aux trois solliciteurs qu'on va leur couperla tete. 

Fauve dist : « Horn vous aidera 
Tout ensi qe li siecle va : 

XII. — 73 Fave... deliueres — 74 Ge — 76 Prudommes... seint — 76 doinent(?). 

XIII. — 78 serras — 79 autres en aucun [la lecon adoptee est tine conjecture de M. Bobrinski et 
Bdtiouchkof). 

XIV. — 81 faite - 83 qil — 84 ount. 

XV. - 85 Fave. 






DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 21 



Ce yert en vos geules copant ; 
88 Ensi font as petiz li grant. » 



XVI 



Un cr^ancier de Fauvain reclame son du par devant Justice. 

« Justice, kar me fakes loy 
De Fauvain que la iestre v 
Cent souz me doit, en tesmoignage 
92 En ay lettres d'eskevinage. » 



XVII 

Fauvain, parlant ici au masculin, refuse de payer ; il dit aux juges qu'il est 
clerc et croise et bourgeois d'Ath. « II s'agit certainement d'Ath en Hainaut, 
dont les bourgeois avaient sans doute des franchises particulieres. Nous voyons 
bien sur Timage que le cheval symbolique est tonsure et qu'il porte sur une 
sorte d'echarpe la croix des pelerins d'outre men.. » (G. Paris, Hist. litt. % XXXII, 
,14). 

Fauve dist : « Justice, or m'entent : 

De paier tres mauvaisement 

Sui je touz jourz appareillies. 
96 Sachez, je sui clers et croysies 

Et borgois d'At et ons sanz foy, 

Si ferai bien droit ou je doi. 

Justice n'iert pas maintenant, 
100 J'en troveray bien mon garant. » 

XV. — 88 petitz. 

XVI. — 89 Justice he kar — 90 Faveyn — 91 me doit manque. MM. Bobrinski et Bdtiouchkof 
proposent de lire Me doit cent souz. II y a peut-etre une lacune de deux vers avant le v. 91 
— 92 ey. 

XVII — 93 Fave... ore — 96 Sachez est le singulier Saches , car Fauvain tuioie Justice. — 
98 ferrei — 99 niert mie (vers trap long) — 100 troverey. 

3 



I 



22 



L HISTOIRE DE FAUVAIN 



XVIII 



Un clerc presente un privilege selon lequel Fauvain doit etre acquitte et celul 
qui s'est plaint contre lui doit e*tre cite devant le tribunal. 

« Justice, eskevin, delivres 

Fauvain, sur luy pooir n'aves, 

Kar bon privilege il en a; 
104 Et celui qi sur li clama 

Mettoms jour a mardi tout droit 

Qe devant I'official soit. 

Gil qui cest privilege voient 
108 Sachent que tout prelat otroient 

A Fauvain un don en apert 

Que qi riens ly croit il le pert. 

Chascuns se gart de Fauvain croyre, 
112 Dire ne set parole voire. 

Ne ja mais nul bien ne fera 

Tant qe li siecles durera. » 



XIX-XX 

Ces deux dessins, qui ne font a vrai dire qu'un, illustrent la locution « chevau- 
chier Fauvain », qui est le point de depart de Talldgorie. L'expression correspon- 
dante dans le Roman de Fauvel est « torchier Fauvel ». Au n° XX on voit des 
grands personnages monies sur Fauvain : un ev3que, un seigneur, un abbe, enfin 
le conducteur, tenant une cravache a la main, Les pauvres (n° XIX) doivent se 
tenir a la queue, de meme que dans le Roman de Fauvel : 

Et povres gens au torchier viennent, 168 La queue escouent et la trecent. 
Mes empres la queue se tiennent Or sont au torchier tous venus, 

Et le mielx qu'il peuent s'adrecent, Riches, moens, gros et menus. 



XVIII. — 102 Faveyn — io4celi qi sui li — 107 ceste — 109 A Favein un doun — in Ches- 
cuns ... Faveyn— 1 1 3 nul manque; fra — 114 Taunt.,, durra. 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 



23 



i ib 



120 



124 



Sur Fauvain sont monte teu gent 
Qi Loiaulte sanz jugement 
Ont mis a mort par covoitise, 
Qui maint mal esprent et atyse. 
Ceux qui n'ont pas tant de pouoir 
Q'il puissent sur Fauvain seoir 
Doivent a la keuwe tenir 
Pour Fausete mieux ensivir 
Et pour bien paremplir la loy 
Dont Fauvain est et sire et roy. 



XXI 



Fauvain tue d'un trait d'arbalete Loyaute, qui a les yeux bandes. II y a dans 
le Roman de Fauvel deux passages analogues : 



L'en n'a mes cure de proudomme : 

Fausete par tout, c'est la somrae, 
1037 Est bien venue et honouree ; 

Faus Semblant et Desloiaute 

Ont du monde la roiaute, 
1040 Et Verite est hors boutee. 

1787 « Sire Fauvel, noble emperiere, 

1 79 1 Vostre engin tout sourmonte et passe, 
Maugre qu'en ait Raison la lasse 
Ne Leaute ne Verite. 

1794 Tout avez bien suppedite : 



Vostre majeste est souvraine 
Desus toute vertu humaine ; 
Bonnez meurs et bon accident 

1798 S'en sont fui'z en Occident, 
Es isles ou nully n'abite; 
Touz les avez par vostre luite 
Abatuz et tous desvoiez 

1802 Et puis en essil envoiez. 
Neis les cardinaus vertuz 
Ont leur escuz plains de pertuz 
Que faiz leur avez a l'espee; 

1806 Tout ont perdu a la meslee... » 



« Fui Loiaulte, je te vueil trere ! 
Tu n'as plus au siecle qe faire, 
Kar ja mais ne se chevira 



XIX-XX.- nSFaveyn 
124 Faveyn. 



119 power — 120 Faveyn — 122 ensuwyr — 123 bien manque — 



24 

128 



i3a 



l'histoire de fauvain 

Nul qi parDieu tout overa. » 
Loiautes, Mesure, Compas 
N'iront mais le trot ne le pas, 
Qu'ele'est morte, dont c'est pites, 
En son restor est Fausetes. 



XXII 



Le dessin repre'sente — selon une note de la main de Paulin Paris — « ceux 
qui vont a la recherche de Loyaute. » 

a Nous, li coletier des chevaux, 
Avoms quis par mons et par vaux : 
Loiaulte trover ne savoms, 
1 36 E las ! ja mais ne le veroms, 

Q'ele est morte ; or alons plorer : 
En la taverne a fort vin cler. » 



XXI II 



Deux personnages devant le cercueil de Loyaute, expriment le contentement 
de ce qu'elle soit morte : elle faisait appauvrir tous ceux qui ne poursuivaient 
que le droit. 



140 



144 



« Loiaultes gist en cele biere 
Morte, or en faissoms no proiere 
Qe ja mais ne puist renasquir, 
Car touz ceux a fait apovrir 
Qi ne chasoient fors qe droit ; 
Dont est il bon qe morte en soit. » 



XXI. — 1 28 qe — 1 3o troit nel pas — 1 3 1 mort dunt cest pitie. 

XXII. — 1 33 CQleV. 

XXIII. ~- i3g bere — 140 Mort en — 142 ad— 143 for — 144 mort. 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 



25 



XXIV 

Loyaute morte, les avocats regrettent de Pavoir si peu frequentee. 

« A las ! Loiautes est alee 

Et si Taverns mout poy hantee. 

Nos avocat et emparlier : 

148 One n'en peiimes aprochier. 

Or sera enfouie en 1'atre, 
Bien en devoms nos paumes batre 
De ce qe Loiautes est morte; 

1 52 Mais Fausetes nous reconforte. » 



XXV 



(II manque ici un feuillet). Fauvain conseille la paresse a un ouvrier. 

cc Compaignon, atendez a mi : 

No sires ne vendra plus ci, 

Je me vueil ici reposer; 
1 56 En ne se doit mie tuer. 

Se nous nos membres exillons 

Ja mais si bons nous n'averoms. 

Reposons nous, je vous en proy, 
160 Si bevons ce soleil un poy. » 






XXVI 






Fauvain, sentant sa fin proehaine, conseille a ses deux enfants la faussete. 



XXIV. — 146 mot — 147 avoket et aunpaiT — 148 Onques ne le p. aprocher — 149 Ore s. 
enfowee — i5o no paume. 

XXV. — 1 53 moy — 164 No {MM. Bobrinski et Bdtiouchkof lisent Vo) s. en v. p. si — 1 55 vueu(?) 
— 157 Si... exlllions — i58 bon naveroms — 160 beions. 



26 



164 



1 68 



L H1ST0IRE DE FAUVAIN 

<c Mi enfant, entendez a moy : 
Sachiez, mout nialade me voy 
Et croy que de ce mal morrai. 
Or faites ce que vous dirai : 
Soiez faux et frou et vilain, 
S'avrez touz jours richesse a main, 
Car hui est li jours que covient 
Et par ca richesse a genz vient. » 
— « Sire peres, se vous mores, 
Pour an perdu deus retroves : 
Fausete maintendrons tous dis, 
K'en ce nous avons nous norris. » 



XXVII 

Un pretre, accompagne d'un enfant de chceur, apporte a Fauvain les Saints- 
Sacrements. 



176 



<( Fauve, recoive Dan Seignour! 
Le diable honte et Dieu honour 
Pues faire, ce te dis en foy, 
Se tu te confesses a moy. 
T'as usure, t'as forconte, 
Si me respont a volente. » 



XXVIII 






Fauvain repousse les exhortations du chapelain. A son lit est assis un autre 
cheval, tenant une coupe : c'est peut-etre la coupe de Fausset£ (cf. n° IV). 

. 

XXVI. — 162 Sachez m. malades — i63 que manque; morrei — 164 Ore.... direi — i65 
Soiez et faux... vilein — 166 Sauerez — 167 wy — 168 sa — 169 si — 170 Par... retrove — 
171 tout — 172 On pourrait corriger : K'en ce nous aves vous norris. 

XXVII. — 173 Fave rescoyve — 177 forcounte — 178 Qi. 



DESCRIPTION BES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES L^GENDES 

« Ostes me ce faus chapelain, 
180 Car de ce q'il tient en sa main 

N'ai que faire, ne de ses plais. 

Ja ne beveray plus grans traiz 

Ne pour moy ne pour mon avoir. 
184 Se je muir, je vous faiz savoir : 

Plus ne vueil en atre gesir. 

Faites moi as chans enfouir. » 



XXIX-XXX 

Dans le dessin de gauche, deux chevaux, en robes de moine, representee proba- 
blement les familiers de Fauvain. Dans celui de droite, un autre cheval est assis 
aupres du lit de Fauvain : c'est sans doute lui qui parle le premier (v. 187-194). 
Dans les vers 195-200, Fauvain indique a ses amis la faussete comme le 
meilleur moyen pour parvenir aux honneurs du monde. 



188 



192 



196 



200 



« Fauve, sachies a la mort traire 
Vous voi : atornes vostre afaire 
Et vos besoignes tout issi 
Que vos enfans e vo norri 
Si puissent savoir apres vous 
Q'il vous covient partir de nous. 
Or faites vostre testament, 
Kar ne vivres pas longement. » 
— « Tout li faus qi sunt mi ami, 
Entendes un petit a mi : 
De traison, de trecherie, 
De mauvaistie et de boidie 
Soient vo cuer plain a touz jours, 
S'avres du monde les honours. » 



- 



XXVIII— 179 chapelein — 182 beverey p. grant — iS3 mon manque — 184 Si — i85 giser 
— 186 Faitez... chauns fouir. 

XXIX. — 187 Fave— 188 actornes— 190 Et vos enfans — 191 Se — 193 Or faites manque — 
194 viueres. 

XXX.-— 195 Tous... mes amis — 196 moy — 199 vous cuers plains — 200 Saueres. 



28 



L HISTOIRE DE FAUVA1N 



XXXI 



Une femme, representant sansdoute une familiere de Fauvain, pleure sa mort. 
L'ame de Fauvain, sous la forme d'un petit cheval, est emportde par le diable, 
qui est cense prononcer les vers 2o5-8. 



204 



208 



« He las ! dolans Fauve rent s'ame, 
Por un poy que je ne me pasme. 
Mes ce me reconforte mout 
Q'ele laist de ses hoirs par tout )>. 
— « Fauve, vostre ame me rendres. 
Qa ! maistresse, vous en vendres ; 
Vous seres de no compaignie, 
S'avez aquis e mort e vie. » 



XXXII 

Fauvain est couverte d'une natte, de sorte que ses pieds seuls et sa bouche 
et Fextremite de la queue soient visibles. Aupres d'elle, un personnage rappelle 
comment disparait la gloire du monde. 

« Fauve seut vestir escarlate, 

Or est coverte d'une nate 

Et si le trayn'on par chans. 
212 Pour ce di que ce est meschans, 

Ki a richesse ne avoir, 

S'en fait de tout seignour son hoir, 

Si q'a s'ame riens n'en retient; 
216 Kar poy d'dirs sunt ki doinent riens. » 



XXXI. — 201 Fave rent taume — 202 paume — 2o3 ces — 2o5 Fave... aume — 206 Sa {cor- 
rection de G. Paris) — 207 serres. 
XXXIL — 209 Fave suet — 214 ses hoirs — 21 5 saume. 






Description des dessins et texte critique des legendes 



29 



XXXIII 



Un homme parle a un fossoyeur qui prepare le tombeau de Fauvain. 



220 



124 



Ceste fosse est assez parfonde. 
Met ca Fauvain. Diex le confonde, 
Puis c'on le doit e-nfouir ci. 
Faisoms pet pour l'arme de li, 
A li n'afiert autre proiere; 
As chains sera sa cimetiere. 
Sa lasse alme comparera 
Ce que ses cors deservi a, » 



XXXIV 

Fauvain, apres sa mort, demande au diable qui l'emporte de lui savoir gre 
de ses bons services. 



228 



« Ha las! enemy, j'ai arme 
Tout le monde de fausete, 
Tant ai fait que ja mais vetie 
N'iert Loiaute ne coneiie, 
Et c'ai fait pour l'amour de toy 
Ce k'ai servi meri le mow » 



XXXV 



Le dessin represente le diable, les ames des perdus et la gueule d'enfer. 



XXXIII. —218 sa Favein — 219 P. cun... en lower — 222 cimitere — 22 3 compara -w 224 ces. 

XXXIV. — 225 jei — 226 de manque — 227 T. e r\ — 228 Ne iert ; le second ne manque — 
220 Et se ei. 



3o l'histoire de fauvain 

« Fauve. bien as fait mon talent, 
232 S'en averas ton paiement, 

Q'en infer iras le parfont; 
La mainent ceux qui mon gre font. » 

XXXVI 

Le diable plonge Fauvain dans la gueule d'enfer. 

i Ha hay ! enemy, qe fais tu ? 

236 J'ai touz jours pour toy maintenu 

Fausete en possession, 
Or m'en rens povre gueredon : 
Mavais fait servir teu seignour 

240 Qi son serjant met en dolour. » 



XXXV II 

Le diable emporte Fauvain, avec d'autres damnes, dans une corbeille sur ledos. 

« Fauve, je vous aprenderay 
Le ju dont as mieux juer sai. 
Sachiez qe j'ay non « Fous s'i fie » : 
244 Vo trahison et vo boidie 

Vous juge qe soiez dampne, 
Et pour ce serez vous plante. » 

XXXVIII 

Un ange presente a Dieu Tame de Loyaute. Ce dessin et les suivants font suite 
au n° XXIV. 

XXXV, — a3 1 Fave— 233 parfond' — 234 que fount. 
XXXVI.— 238 Ore. 

XXXVII. — 241 Fave... aprendray — 242 sei— 243 Sachez qe j. ey n. f. se f. — 246 V. j. qe 
vous s. d. — 246 plaunte. 












' 



DESCRIPTION DES DESSINS ET TEXTE CRITIQUE DES LEGENDES 



3i 



« Sire, Loiaulte, vostre amye, 
Est dou siecle la jus partie, 
Car la gent Fauvain 1'ont tuee, 
Si vous en ay Tarme portee. » 



XXXIX-XL 



Apotheose de Loyaute. C'est Dieu qui parle. 



252 



256 



« Loiaultes, bien soiez venue! 
Bonne vie avez maintenue, 
Si le vous voil gueredoner : 
Joie et glorie aiez sanz finer. 
Et tout cil qui vous ensivront 
Et vos affaires maintenront 
Avront ensi joie sanz fin; 
Bon i fait penser de quer fin. ■ 



XXXVIII. — 247 amy — 248 la geu patie — 249 Favein — 25o ey larme porte. 
XXXIX-LX. — 252 meintenue — 253 le manque — 234 eiez — 256 vous. 










IIWIIIIII 



liiilliii 



• 



GLOSSAIRE 






A i38, ily a. 

Afiert 221, de aferir, convenir. 

Alme 223, arme 220, 25o, dme. 

Apert (en) 109, ouvertement, evidemment. 

Arras 77. Voir Vaast (saint) . 

At 97, Ath en Hainaut (note). 

Atendre 1 53, prefer attention. 

Atorner 188, arranger, preparer , disposer. 

Atre 149, i85, cimetiere. 

Autun 79 [conjecture) . 

Barat 20, Baras 17, Tromperte (personni- 

fication) . 
Barbe de fuerre 16 (note). 
Bediels 83 , bedeaux. 
Bernart (li hospitaux de saint) 62, cf . 

Mongieu. 
Boidie 198, 244, tromperie, mechancete . 

Chaser 143, poursuivre. 

Chevir (soi) 127, reussir 7 se tirer £ affaire. 

Coletierdes chevaux i33, courtier, MM. B6- 
brinski et Batiouchkof impr intent c de- 
ters, quHls traduisent par « collecteur, 
percepteur des impdts ». 

Comparer 223, payer. 

Compas 129. Moderation, Mesure {person- 
nification). 

Croire no, faire credit. 



Dan Seignour 173, Phostie. 
Denis (par saint) yS. 
Deservir 224, meriter. 
Doinent, subj. de doner 216. 

Emparlier 147, intermediate charge de 
porter la parole pour un autre. avocat t 

Enprendre 5, entreprendre. 

Ensivir 122, 255, suivre. 

Escarlate 209, drap precieux. 

Escommengier 56, excommunier. 

Eskevin 101, echevin, magistrat munici- 
pal. 

Eskevinage 92, tribunal des echevins. 

Esmoitir y2 ? frapper (deux exemples dans 
Godefroy). 

Esprendre 118, allumer, enflammer. 

Exillier 157, endommager, detruire. 

Faus 4, 6, hetre (note). 

Fausetes 17, i32, i52, Faussete (personni- 

fication), 
Fauvain 9, 1 1, 90, 102, 109, in, 120, 124, 

218, 249; Fauve 22, 3o, 35, 41, 43, 47, 

73, 85, 93, 173, 187, 201, 209, 23i, 241. 
Forconter 177, frauder dans un compte. 
Frou 1 65, violent, felon, mauvais (voir 

Godefroy, s. v. fruit). 
Fuerre, paille > barbe de f. 16 (note). 



3 4 



LHIST01RE DE FAUVAIN 



Gu ere don 238, recompense. 

Gueredoner a 53, recompenser. 

Guille 17, Tromperie (personnification). 

Hoir, 204, 214, oirs 216, heritier. 

Issi 189, ainsi. 

Ju 24.2, jeu. 

Lez 42, de le, cdte. 

Loiaulte 12?, i35, 247; Loiautes, 129, 

145, 1 5 1 ; Loiaultes, i3g y 25 1, Lq>-Jufe 

i j?er5o«n ification). 

Merir 2 3o, recompenser. 
Meschans, 212, mauvaise chance. Cf.p. 12. 
Mesure 129, Moderation (personnification) . 
Mongieu (mons de) 48, 64, Grand-Saint- 
Bernard. 

Norrir ij2, elever ; norri 190, commensal, 
serviteur. 

Official 106, officier de justice. 

Oirs, voir Hoir. 

Orer 12, i3, prier. 

Ortillier 6, cult iver tun seulex. dans Gode- 

froy, s. v. Hortiller). 
Overa 128,/Mf. de ovrer, travailler, agir. 

Paremplir 123, remplir, executer, accom- 
pli t\ 
Paumes (nos p. batre) 1 5o, nous affliger. 
Plais 181, de plait, discours. 
Planter 6, planter ; 246, damner (01/, peut- 



etre, enf oncer dans la gueule d'enfer). 
MM. Bobrinski et Bdtiouchkoj traduisent 
par « ahandonner ». Godefroy a deux 
exemples ou il traduit dubitativement par 
« exposer au pilori (?) ». 

Quer 258, cosur. 

Raous Li Petiz i, nom de Vauteur. 

Renasquir 141, renaitre. 

Restor, compensation, en son r. i32, a sa 

place. 
Rome 7. 



Sene 3, synode, concile. 

Seut 209, passe de soloir, avoir V habitude* 

Souflfraiteus 68, necessiteux. 

Talent 23 1 , desir. 

Testamentours 28, 3i, executeur testamen- 

taire. 
Testamenteresse 23, executrice testamen- 

iaire. 
Tolu 84, de tolir, enlever. 
Tors fes 29, me/aits. 
Traire (a la mort) 187, agoniser . Cf. 

Trere. 
Trayner 211, trainer. 
Trere 125, tirer a Pare, Cf. Traire. 

Usurer 177, exercer Vusure. 

Vaast (Saint) jj, abbaye a Arras. 
Voire 112, vraie. 
Voist 80, subj. de aler. 






Le Puy-en-Velay. — Imprimerie Peyriller, Rouchon et Gamon. 






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